Caroline Thiery

— Vie et prospérité d’Eric de Vitry-le-François

Lecture dont vous êtes le héros ou le figurant

©Malo Legrand

Caroline Thiery nous attend en bas de la pente du grand champ. Elle est debout devant un micro et des gen·tes sont assis·es à ses côtés. Caroline Thiery va nous raconter l’histoire qui s’intitule “Vie et prospérité d’Éric de Vitry-le-François”. D’abord, Caroline Thiery nous explique les règles du jeu. Il y a des figurant·es, qui seront les interprètes de ses mots. Tout le monde peut devenir figurant·e après l’introduction qui servira d’exemple. Les figurant·es attendent dans la cage aux figurant·es que Caroline Thiery énonce les personnages de la scène à venir. Les figurant·es s’avancent pour incarner le personnage présenté. Quand tous les personnages sont là, la scène peut commencer. De l’autre côté de la scène prairie, il y a une préposée au bip. Dès que le bip retentit, les personnages prennent la pose pour illustrer le récit de Caroline Thiery. Il n’y a pas d’autre règle, seul le contact physique entre figurant·es est interdit. L’histoire commence et c’est celle d’Éric, né à Vitry-le-François, de sa naissance à sa mort. Caroline Thiery raconte l’histoire et les figurant·es prennent la pose. C’est un roman photo en temps réel. Les micro-gestes et les regards qui se figent sont précisément décrits par Caroline Thiery et avec la précision, ils prennent une importance absurde et très drôle. Les bips s’enchaînent et créent des fusions d’images entre les figurant·es qui jouent l’action et celleux qui sont encore figé·es dans celle précédente. Même le silence est bippé. C’est l’inverse du cinéma muet. Il n’y a besoin d’aucun décor pour qu’une vie entière s’ancre là, que la prairie disparaisse et qu’un traîneau de chien bondisse par-dessus une rivière à la sortie d’un supermarché, ou que des photographes inondent de flashs le tapis rouge du festival de Cannes, par exemple. Les figurant·es découvrent en même temps que nous la scène qui se jouent. Iels se transforment en chiens à brushing ou en bébé de six mois sans que nous nous posions de question. Éric connaît le doute, l’échec, la rivalité, la gloire, l’oubli, la sérénité et la mort et nous rions beaucoup et applaudissons très fort sur la pente du champ pour la dernière performance de Setu cette année.

 retrouvez ici l’intégralité du texte de Lucie Desaubliaux