— Raisin devient rouge
poésie sonore




Sur la plus haute courbe de la prairie
brûlante après-midi.
Un vent souffle léger à travers le micro
d’Audrey Carmes, face à nous.
Verticale derrière sa guitare posée
Douceur d’un son ascensionnel.
Une mélodie légère ondule sous les trente degrés
lumière sur lumière
les arbres entourent l’endroit, en bas,
lointains comme les gardiens d’un cercle.
On s’adapte.
On diapasone avec l’élan vertige et mentholé qu’elle nous révèle
irisations
tapping délicat
respire et rythme la poésie
Une chambre s’éclaire, un goût raisonne comme si on se trouvait dans une même pièce.
J’ai une pensée pour la roche pleine de chaleur.
Les yeux en amande
elle navigue face à ce qui s’ouvre et se ferme
elle prends son temps
la résistance lui semble naturelle
être là, dedans, complètement.
Elle chante… ne sait pas l’image qu’elle a dans sa mémoire
C’est l’éloge d’une lenteur
qui offre le suc limpide du renouveau
Traverser seule
graminées
fleurs et fruits
concentration de graines
fruit piquant et velouté.
Une figue de barbarie.
écho félin aux animaux environnants
océanique forêt
Une autre guitare
L’enfant crie au loin dans sa mémoire
Un son à peine grave
le vide et le feu
Cuisson lente, des dauphins ne font que passer sur la colline
Hallucination
voix doublée
j’imagine une jumelle passant dans la fréquence.
Au loin, chien noir aboie
insectes volent et la scène-colline commence à tourner sur elle-même
la terre fredonne.
Ses doigts sur les cordes brûlantes
grattent un rythme rock gris
Corde raide
les fronts perlent de sueur
L’espace rougit
libellule passe
impossible cavale, impression bicolore
Elle est l’instant présent.
Elle a un temps d’avance sur la peur,
fine et solide comme un fil de soie.
Les minuscules trèfles jaunis du sol ressemblent à des plantes carnivores,
les plumes dans la prairie, à des traces de meurtres.
La belle voix s’élève
à nouveau pour nous faire décoller du parterre brûlant
on va vers la fin
une courbe qui a pris tout son temps.
C’est fini et quand même tout repart
j’ai pris le parcours qui s’efface
Tout entendre, voire beaucoup
Le raisin à mûrit devant nous
Le vent dérobe le dernier souffle
pas d’impatience, ça recommence, plus en surface cette fois,
avec le concert des hautes tiges argent du peuplier
Raisin devient rouge
la chouette acquiesce en plein jour,
un sourire des éléments se profile
en même temps que Tout.
Écoute paroxysme
bouche devient bouche
ciel percé d’une réaction, loin
applaudissent.
— extrait du récit par Anne Garel